Un auto-entrepreneur doit déclarer une adresse de domiciliation lors de l’immatriculation de sa micro-entreprise sur le guichet unique. Dans la grande majorité des cas, c’est son domicile personnel : la domiciliation y est gratuite, possible sans limite de durée, et l’adresse peut être masquée des registres publics. Il faut seulement être propriétaire ou locataire de sa résidence principale et vérifier que le bail ou le règlement de copropriété ne l’interdit pas. Les autres options (société de domiciliation, coworking, pépinière, local) servent surtout à protéger sa vie privée ou à recevoir des clients, avec une réserve : beaucoup de domiciliataires refusent les micro-entrepreneurs en activité libérale.
Ce que la loi demande au micro-entrepreneur
La micro-entreprise (ou auto-entreprise) est une entreprise individuelle soumise à un régime fiscal et social simplifié. À ce titre, elle n’a pas de « siège social », terme réservé aux sociétés : Entreprendre Service Public parle d’adresse de domiciliation. Cette adresse doit être choisie avant l’immatriculation au registre national des entreprises et justifiée par un document prouvant que vous en avez la jouissance (article L123-10 du Code de commerce).
Elle n’a pas besoin d’être le lieu où vous travaillez. Un développeur qui travaille chez ses clients, un artisan qui intervient sur des chantiers ou un vendeur sur les marchés déclarent souvent leur domicile comme adresse de l’entreprise, sans y exercer. Cette adresse figurera sur vos factures et devis, et elle détermine :
- le greffe ou la chambre des métiers dont vous relevez ;
- le service des impôts des entreprises compétent ;
- la commune qui fixe votre CFE si vous n’avez pas d’autre local.
Domicilier sa micro-entreprise chez soi
C’est l’option par défaut des auto-entrepreneurs. Elle répond à des règles plus souples que pour une société, mais quelques vérifications s’imposent.
Propriétaire, locataire, copropriété : les conditions
Entreprendre Service Public pose les conditions suivantes pour domicilier une entreprise individuelle à son domicile :
- vous êtes propriétaire ou locataire du logement ;
- ce logement est votre résidence principale (une résidence secondaire ne convient pas) ;
- aucune clause du bail d’habitation, du règlement de copropriété ou des règles d’urbanisme de la commune ne s’y oppose ;
- le nom de l’entreprise figure sur vos documents, ce qui facilite la production des justificatifs.
Si vous êtes locataire, prévenir le bailleur est conseillé mais pas obligatoire. La déclaration de l’adresse n’entraîne ni changement d’affectation du logement, ni application du statut des baux commerciaux. Le doute porte surtout sur les clauses d’« habitation bourgeoise exclusive » de certains règlements de copropriété : relisez-les avant l’immatriculation. Notre page sur l’autorisation de domiciliation d’entreprise détaille les droits du locataire.
Une durée illimitée, contrairement aux sociétés
Une société installée chez son dirigeant peut voir cette domiciliation limitée à 5 ans lorsqu’une clause du bail ou de la copropriété s’y oppose. Cette limite ne concerne pas l’entrepreneur individuel : Entreprendre Service Public précise que la domiciliation au domicile « peut durer autant de temps que vous le souhaitez ». Vous pouvez donc garder votre adresse personnelle pendant toute la vie de la micro-entreprise. Si vous passez plus tard en société (SASU, EURL), les règles des sociétés s’appliqueront à la nouvelle structure, qui devra choisir son siège.
Hébergé chez ses parents ou un proche
Si vous vivez chez vos parents ou chez un proche qui vous héberge, ce logement est votre résidence principale : vous pouvez y domicilier votre micro-entreprise. Le guichet unique vous demandera alors une attestation d’hébergement signée par l’hébergeant, sa pièce d’identité et un justificatif de domicile à son nom. Obtenez son accord écrit et vérifiez avec lui le bail ou le règlement de copropriété. Utiliser l’adresse d’un proche chez qui vous ne vivez pas n’est pas une domiciliation à domicile : il faut alors une autre solution, comme une société de domiciliation.
Masquer son adresse personnelle
Un auto-entrepreneur domicilié chez lui peut demander la non-diffusion publique de son adresse personnelle, par le service en ligne prévu à cet effet et signalé sur Entreprendre Service Public. Seule la commune apparaît alors sur le registre national des entreprises et l’Annuaire des entreprises, et seuls la dénomination, le nom commercial et l’enseigne restent publics. L’adresse reste en revanche obligatoire sur vos factures, que vos clients verront. Si vous voulez qu’elle n’y figure pas non plus, seule une adresse de domiciliation distincte du logement le permet.
Domicilier ou travailler à domicile : la règle à Paris et dans le 92
Déclarer son adresse est une chose, y exercer en est une autre. Dans une commune de moins de 200 000 habitants, Entreprendre Service Public indique que vous pouvez travailler chez vous sans autorisation si vous y avez votre résidence principale, si vous êtes le seul actif de l’entreprise, si vous ne recevez ni clients ni marchandises et si le bail et les règles d’urbanisme ne s’y opposent pas. Vous devez alors signaler aux impôts ce changement d’usage dans les 3 mois suivant le début d’activité.
Le cadre est plus strict à Paris, dans les Hauts-de-Seine (92), en Seine-Saint-Denis (93), dans le Val-de-Marne (94) et dans les communes de plus de 200 000 habitants, soumises au régime du changement d’usage des locaux d’habitation (articles L631-7 et suivants du Code de la construction et de l’habitation). Retenez les situations suivantes :
- vous vous contentez de déclarer l’adresse et travaillez ailleurs (chez les clients, sur des chantiers) : la domiciliation seule ne change pas l’usage du logement ;
- vous travaillez chez vous : Entreprendre Service Public indique qu’une autorisation de changement d’usage doit être demandée à la mairie dans ces communes, le Code de la construction admettant l’exercice dans une partie de la résidence principale sous conditions (activité exercée par les seuls occupants, sans clientèle ni marchandises) ;
- vous recevez des clients, stockez des marchandises ou employez quelqu’un sur place : l’autorisation de la mairie et l’accord du bailleur ou du syndicat de copropriété sont nécessaires ;
- des travaux sont prévus : une déclaration préalable ou un permis de construire peut s’y ajouter.
Dans les Hauts-de-Seine comme à Paris, interrogez le service de l’urbanisme de votre mairie avant de travailler chez vous de façon régulière, et a fortiori avant d’y recevoir des clients. Pensez aussi à votre assurance habitation, qui ne couvre pas toujours le matériel professionnel.
Les autres adresses possibles pour une auto-entreprise
Quand le domicile ne convient pas (bail restrictif, adresse à protéger, besoin d’accueillir des clients), le micro-entrepreneur dispose des mêmes options qu’une société, avec quelques particularités.
| Solution | Coût indicatif (octobre 2026) | Adaptée à | Point d’attention pour un micro-entrepreneur |
|---|---|---|---|
| Domicile personnel | Gratuit | La plupart des activités sans accueil de public | Résidence principale obligatoire, vérifier bail et copropriété |
| Société de domiciliation | De 10 à 20 € HT/mois environ pour l’adresse seule | Protection de l’adresse, image professionnelle | Refus fréquent des activités libérales exercées en entreprise individuelle |
| Coworking ou centre d’affaires | Forfait domiciliation ou poste de travail | Consultants, activités de services | L’espace doit être agréé pour domicilier ; stockage rarement accepté |
| Pépinière d’entreprises | Loyers modérés | Projets accompagnés, entreprises récentes | Sélection sur dossier, hébergement limité à 48 mois |
| Local commercial ou professionnel | Loyer et charges | Commerce, atelier, cabinet recevant du public | Coût fixe élevé au regard des plafonds de chiffre d’affaires |
| Boîte postale, réexpédition | Quelques euros par mois | Réception du courrier uniquement | Ne vaut pas adresse de domiciliation au registre |
Le refus des domiciliataires concerne, selon Entreprendre Service Public, les micro-entrepreneurs exerçant une profession libérale non réglementée : coach, conseiller, formateur, moniteur, guide-conférencier. Interrogez le prestataire avant de payer. Pour comparer les prestataires et leurs obligations, consultez notre page sur la société de domiciliation.
Les justificatifs à fournir au guichet unique
L’adresse se déclare au moment de l’immatriculation, sur le guichet unique des formalités des entreprises géré par l’INPI. Le document à joindre dépend de la solution retenue :
- à votre domicile : une facture d’électricité, de gaz, d’eau, d’internet ou de téléphone de moins de 3 mois, une quittance de loyer ou un avis de taxe foncière ;
- chez un proche qui vous héberge : l’attestation d’hébergement, la pièce d’identité de l’hébergeant et son justificatif de domicile ;
- chez un domiciliataire : le contrat de domiciliation ou l’attestation qu’il délivre, avec les références de son agrément ;
- dans un local : le bail commercial ou professionnel, ou le titre de propriété.
Le contenu de ces documents est présenté dans notre guide de l’attestation de domiciliation. Une fois l’immatriculation validée, l’adresse apparaît sur votre avis de situation Sirene et sur l’extrait d’immatriculation, que vous pouvez obtenir comme expliqué dans notre article sur le Kbis auto-entrepreneur.
Combien coûte la domiciliation d’un auto-entrepreneur ?
À domicile, l’adresse ne coûte rien. Chez un prestataire, les prix d’appel relevés en octobre 2026 vont d’environ 10 € HT par mois à 19 € HT par mois pour l’adresse seule, avant les options de numérisation ou de réexpédition du courrier (13 à 15 € de plus par mois chez les prestataires consultés). Les solutions gratuites et les promotions sont comparées dans notre article sur la domiciliation gratuite.
Dans tous les cas, le micro-entrepreneur doit intégrer la cotisation foncière des entreprises, due à la commune de domiciliation quand il n’a pas d’autre local :
- exonération l’année de création de l’entreprise ;
- base réduite de moitié l’année suivante ;
- pas de cotisation minimum si le chiffre d’affaires de l’année N-2 n’excède pas 5 000 € ;
- au-delà, base minimum votée par la commune : de 250 € à 597 € en 2026 pour un chiffre d’affaires jusqu’à 10 000 €, de 250 € à 1 194 € entre 10 001 € et 32 600 €.
La CFE est payable au plus tard le 15 décembre lorsqu’elle ne dépasse pas 3 000 €. Le choix de la commune de domiciliation a donc un effet direct sur ce montant.
Changer l’adresse de son auto-entreprise
Un déménagement, la fin d’un contrat de domiciliation ou l’ouverture d’un local imposent de déclarer la nouvelle adresse sur le guichet unique, avec le justificatif correspondant. La démarche est gratuite pour un micro-entrepreneur et ne nécessite ni annonce légale ni modification de statuts. Votre numéro SIREN reste le même, mais un nouveau numéro SIRET est attribué au nouvel établissement. Pensez ensuite à :
- mettre à jour l’adresse et le SIRET sur vos modèles de factures, devis et conditions générales ;
- modifier les mentions légales de votre site internet et vos fiches professionnelles en ligne ;
- prévenir votre banque, vos clients réguliers et votre assureur ;
- vérifier, l’année suivante, que la CFE est bien établie dans la nouvelle commune.
Questions fréquentes
Où domicilier son auto-entreprise ?
Le plus simple est votre résidence principale, en tant que propriétaire comme en tant que locataire, si le bail et la copropriété ne s’y opposent pas. Si vous voulez protéger votre adresse sur les factures ou recevoir des clients ailleurs, choisissez une société de domiciliation, un coworking agréé, une pépinière ou un local. Notre guide de la domiciliation d’entreprise compare ces solutions.
Quel est le prix d’une domiciliation pour une micro-entreprise ?
Gratuit à domicile. Chez un domiciliataire, comptez en octobre 2026 de 10 à 20 € HT par mois pour l’adresse, plus 13 à 15 € par mois pour la numérisation ou la réexpédition du courrier si vous en avez besoin. Ajoutez la CFE de la commune à partir de la deuxième année, sauf si votre chiffre d’affaires reste sous 5 000 €.
Une micro-entreprise peut-elle se domicilier gratuitement ?
Oui, à son domicile personnel ou chez le proche qui l’héberge, sans limite de durée. C’est la situation de la plupart des auto-entrepreneurs. Les offres « gratuites » des sociétés de domiciliation sont des promotions de quelques mois, suivies d’un abonnement payant, et la CFE reste due après l’année de création.
Quelles sont les conséquences d’une domiciliation ?
L’adresse choisie devient l’adresse officielle de l’entreprise : elle figure sur les factures, rattache l’entreprise à un greffe ou une chambre des métiers et à un service des impôts, et fixe la commune qui perçoit la CFE. Les courriers recommandés et actes officiels y sont valablement envoyés : une adresse dont vous ne relevez pas le courrier vous expose à manquer une échéance ou une procédure.
Peut-on domicilier son auto-entreprise à une boîte postale ?
Non. Une boîte postale ou un service de réexpédition permet de recevoir des lettres, mais ne prouve pas la jouissance d’un local et n’est pas accepté comme adresse de l’entreprise. Si vous avez besoin d’une adresse distincte de votre logement, passez par une société de domiciliation agréée. Pour la seule réception du courrier, voir notre article pour recevoir son courrier sans adresse.
Sources
- Entreprendre Service Public : « Domicilier son entreprise individuelle et son activité » (vérifié le 2 juillet 2026) et fiche « Cotisation foncière des entreprises (CFE) », barème 2026.
- Code de commerce, articles L123-10 à L123-11-8 et R123-167 à R123-171.
- Code de la construction et de l’habitation, articles L631-7 et suivants (changement d’usage des locaux d’habitation).
- Tarifs affichés sur les sites de Sofradom, SeDomicilier, Les Tricolores, LegalPlace et Kandbaz, relevés le 17 octobre 2026.



