Domicilier une entreprise consiste à choisir l’adresse administrative et juridique déclarée lors de l’immatriculation : c’est une étape obligatoire, à régler avant le dépôt du dossier sur le guichet unique. Cinq solutions sont possibles : le domicile du dirigeant (gratuit, mais limité à 5 ans pour une société si le bail ou la copropriété s’y oppose), un local professionnel, une société de domiciliation agréée (à partir de 10 à 20 € HT par mois en octobre 2026), un espace de coworking ou une pépinière d’entreprises. Le bon choix dépend de votre forme juridique, de votre besoin de recevoir des clients et de l’importance que vous accordez à la confidentialité de votre adresse personnelle.
Les cinq options pour domicilier son entreprise en un coup d’œil
Ce comparatif résume les conditions et les coûts de chaque solution. Les montants des sociétés de domiciliation correspondent aux prix d’appel affichés par les principaux prestataires en octobre 2026.
| Option | Coût indicatif | Durée possible | Condition principale | Adresse personnelle publique ? |
|---|---|---|---|---|
| Domicile du dirigeant | 0 € | Illimitée pour une entreprise individuelle ; 5 ans maximum pour une société si une clause s’y oppose | Être propriétaire ou locataire de sa résidence principale | Oui pour une société ; masquable pour un entrepreneur individuel |
| Local professionnel ou commercial | Loyer, charges, dépôt de garantie | Durée du bail (9 ans pour un bail commercial, 6 ans pour un bail professionnel) | Bail ou titre de propriété | Non |
| Société de domiciliation | Environ 10 à 30 € HT par mois, plus les options courrier | Contrat de 3 mois minimum, renouvelable | Prestataire titulaire d’un agrément préfectoral | Non |
| Coworking ou centre d’affaires | Forfait domiciliation ou poste de travail | Selon le contrat | Espace habilité à domicilier | Non |
| Pépinière d’entreprises | Loyers modérés, variables selon la structure | 48 mois maximum | Entreprise récente, dossier accepté par un comité | Non |
Domicilier son entreprise chez soi : les règles selon votre statut
C’est la solution la plus répandue chez les créateurs, parce qu’elle ne coûte rien. Elle n’obéit pas aux mêmes règles pour une entreprise individuelle et pour une société.
Entreprise individuelle et micro-entreprise
L’entrepreneur individuel peut déclarer l’adresse de son logement comme adresse de son entreprise, sans limite de durée (article L123-10 du Code de commerce). Entreprendre Service Public pose trois conditions : être propriétaire ou locataire du logement, que celui-ci soit votre résidence principale, et vérifier qu’aucune clause du bail, du règlement de copropriété ou des règles d’urbanisme ne s’y oppose. Cette déclaration n’entraîne ni changement d’affectation du logement ni application du statut des baux commerciaux. Point favorable : vous pouvez demander la non-diffusion de votre adresse personnelle, et seule la commune apparaît alors sur les registres publics. Les cas particuliers propres aux micro-entrepreneurs sont regroupés dans notre guide de la domiciliation auto-entrepreneur.
Société (SAS, SASU, SARL, EURL, SCI)
Une société peut installer son siège au domicile de son représentant légal (président, gérant), et non à celui d’un simple associé (article L123-11-1). Si aucune disposition légale ni clause du bail ou du règlement de copropriété ne l’interdit, cette domiciliation peut être permanente. Dans le cas contraire, elle est autorisée pour 5 ans maximum à compter de la création, sans dépasser la fin du droit d’occupation du logement. La société doit alors notifier par écrit son intention au bailleur ou au syndic avant de déposer sa demande d’immatriculation, de préférence par lettre recommandée avec avis de réception. Avant l’échéance des 5 ans, elle doit transférer son siège, faute de quoi elle s’expose à une radiation d’office. Le détail des démarches auprès du propriétaire figure dans notre page sur l’autorisation de domiciliation d’entreprise.
Domicilier n’est pas travailler chez soi
Déclarer son adresse personnelle comme adresse de l’entreprise ne vous autorise pas automatiquement à y recevoir des clients, des salariés ou des marchandises. Le Code de la construction et de l’habitation admet l’exercice d’une activité dans une partie de son logement lorsque trois conditions sont réunies :
- le logement est votre résidence principale ;
- l’activité n’est exercée que par les occupants du logement (pas de salarié ni d’associé extérieur au foyer) ;
- vous n’y recevez ni clientèle ni marchandises.
À Paris, dans les Hauts-de-Seine, en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne et dans les communes de plus de 200 000 habitants, soumises au régime du changement d’usage, Entreprendre Service Public indique qu’il faut demander à la mairie une autorisation de changement d’usage pour travailler chez soi ; elle est indispensable dès que vous recevez des clients ou employez quelqu’un sur place, en plus de l’accord du bailleur ou de la copropriété. Le service de l’urbanisme de votre mairie vous indiquera la règle locale. Pensez aussi à prévenir votre assureur habitation : le contrat ne couvre pas toujours le matériel professionnel.
Les solutions hors du domicile
Dès que la confidentialité, l’image ou l’accueil de clients comptent, une adresse distincte du logement devient pertinente. Chaque formule a ses contraintes.
Le local professionnel ou commercial
Louer ou acheter un local permet à la fois de domicilier l’entreprise et d’y exercer. Le bail commercial concerne les activités commerciales et artisanales ; le bail professionnel, les activités libérales. C’est la solution la plus coûteuse et la plus engageante : loyer, charges, dépôt de garantie, travaux éventuels, et règles des établissements recevant du public si vous accueillez de la clientèle. Entreprendre Service Public conseille de garder un loyer annuel inférieur à 8 % du chiffre d’affaires hors taxe. Pour une activité qui n’a pas besoin de locaux, cette option n’a pas de sens économique.
La société de domiciliation
Un domiciliataire agréé par la préfecture fournit une adresse de siège et met à disposition une pièce pour les réunions et la consultation des documents de l’entreprise. Le contrat, écrit, dure au moins trois mois et se renouvelle par tacite reconduction. Les prestataires proposent en option la réception, la numérisation ou la réexpédition du courrier, une permanence téléphonique et la location de salles de réunion. En pratique, beaucoup refusent les entrepreneurs individuels exerçant une activité libérale. Les obligations du prestataire, les vérifications à faire et les prix relevés sont détaillés dans notre page sur la société de domiciliation.
Le coworking et le centre d’affaires
Un espace de coworking ou un centre d’affaires peut domicilier votre entreprise et vous offrir un poste de travail à la demande. La domiciliation doit alors être assurée par une structure agréée, comme pour une société de domiciliation classique. Ces espaces conviennent aux activités de service qui reçoivent ponctuellement des clients ; la plupart n’acceptent ni stockage de marchandises ni accueil régulier d’une clientèle nombreuse. L’intérêt principal tient à la combinaison d’une adresse, de bureaux disponibles à l’heure et d’un environnement professionnel.
La pépinière d’entreprises
Une pépinière héberge et accompagne des entreprises récentes, immatriculées depuis peu ou sur le point de l’être. L’admission se fait sur dossier, puis devant un comité. En contrepartie, vous obtenez :
- une adresse de domiciliation et des bureaux à loyer modéré ;
- des équipements partagés (salles de réunion, reprographie, accès internet) et souvent un accueil téléphonique ;
- un accompagnement personnalisé : conseils de gestion, formations, mise en relation avec des financeurs et d’autres créateurs.
La durée d’hébergement est limitée à 48 mois selon Entreprendre Service Public, ce qui impose de prévoir un transfert de siège à la sortie. Renseignez-vous auprès de la CCI ou de l’agglomération pour connaître les pépinières de votre territoire.
Comment choisir l’adresse de son entreprise ?
Avant de comparer les prix, répondez à ces questions. Elles éliminent souvent d’emblée une ou deux options :
- Recevez-vous des clients ou du public ? Si oui, il vous faut un lieu d’accueil réel : local, bureau en centre d’affaires ou autorisation de changement d’usage pour votre logement.
- Votre adresse personnelle peut-elle devenir publique ? Pour une société, elle le sera si le siège est chez vous. Un entrepreneur individuel peut la masquer.
- Combien de temps resterez-vous à cette adresse ? Chaque transfert de siège d’une société coûte une annonce légale et des frais de greffe ; un déménagement prévu plaide pour une adresse de domiciliation stable.
- Quel volume de courrier recevez-vous ? Quelques lettres par mois ne justifient pas une réexpédition quotidienne payante.
- Quel taux de CFE dans la commune visée ? La base minimum varie fortement d’une commune à l’autre ; la mairie ou le service des impôts des entreprises peut vous la communiquer.
Quel justificatif fournir selon l’adresse choisie ?
Le guichet unique demande de prouver que l’entreprise a la jouissance de l’adresse déclarée. Le document varie selon la solution retenue :
| Adresse choisie | Justificatif à joindre au dossier |
|---|---|
| Domicile d’un entrepreneur individuel | Facture d’énergie, d’eau ou de téléphone de moins de 3 mois, avis de taxe foncière ou quittance de loyer à votre nom |
| Hébergement chez un proche (entrepreneur individuel) | Attestation d’hébergement signée par l’hébergeant, avec sa pièce d’identité et un justificatif de domicile à son nom |
| Domicile du dirigeant d’une société | Justificatif de domicile du dirigeant et attestation de domiciliation qu’il établit au nom de la société |
| Local loué ou acheté | Bail commercial ou professionnel, titre de propriété, ou convention d’occupation |
| Société de domiciliation, coworking, pépinière | Contrat de domiciliation ou attestation délivrée par le domiciliataire, mentionnant son agrément |
Le contenu et les modèles de ces documents sont détaillés dans notre guide de l’attestation de domiciliation.
Combien coûte la domiciliation d’une entreprise ?
Le coût direct va de zéro (domicile) à plusieurs centaines d’euros par mois (local). Pour une domiciliation commerciale, les offres relevées en octobre 2026 démarrent autour de 10 € HT par mois chez Sofradom (adresse Nation, Paris 11e), 11 € par mois chez SeDomicilier avec un engagement de trois ans, 14,90 € HT chez Les Tricolores, 17 € chez LegalPlace (rue Vivienne, Paris 2e) et 19 € HT chez Kandbaz. Ces prix couvrent l’adresse et la mise à disposition du courrier ; la numérisation ou la réexpédition coûte en général 13 à 15 € de plus par mois.
Trois postes s’ajoutent souvent au prix affiché :
- les frais de dossier ou de mise en service, facturés par certains prestataires à la signature ;
- les options de gestion du courrier (scan, réexpédition hebdomadaire, colis), qui peuvent doubler la facture ;
- la cotisation foncière des entreprises, due à la commune de domiciliation lorsque l’entreprise n’a pas d’autre local, calculée sur une base minimum votée par chaque commune.
La CFE explique pourquoi le choix de la commune compte : pour 2026, la base minimum va de 250 € à 597 € selon les communes pour un chiffre d’affaires inférieur ou égal à 10 000 €, et jusqu’à 7 769 € pour les plus gros chiffres d’affaires. L’entreprise est exonérée l’année de sa création, sa base est réduite de moitié l’année suivante, et celles dont le chiffre d’affaires n’excède pas 5 000 € échappent à la cotisation minimum.
Déclarer ou changer l’adresse de l’entreprise
À la création, l’adresse est saisie dans le dossier d’immatriculation déposé sur le guichet unique de l’INPI, avec le justificatif. Le choix doit être fait avant ce dépôt : une société sans siège ne peut pas faire rédiger ses statuts définitifs, et une domiciliation chez le dirigeant suppose d’avoir notifié le bailleur au préalable.
En cours de vie, changer d’adresse suit des règles différentes selon la structure :
- Société : décision du dirigeant ou des associés selon les statuts, mise à jour des statuts, annonce légale, puis formalité au guichet unique. Notre article sur le transfert de siège social détaille la procédure et son coût.
- Entreprise individuelle : déclaration de modification sur le guichet unique, avec le justificatif de la nouvelle adresse. Le SIREN ne change pas, le SIRET si.
- Fin d’un contrat de domiciliation : le domiciliataire informe le greffe de la cessation. Sans nouvelle adresse déclarée, l’entreprise risque une radiation d’office.
Questions fréquentes
Comment fonctionne la domiciliation d’une entreprise ?
L’entreprise déclare une adresse au moment de son immatriculation et prouve qu’elle en a la jouissance. Cette adresse devient son adresse officielle : elle figure au registre national des entreprises, sur ses factures et sur son site. Elle détermine le greffe, le centre des impôts et la commune qui perçoit la CFE. Le courrier y est reçu, directement ou par l’intermédiaire du domiciliataire.
Quels sont les inconvénients de domicilier son entreprise chez soi ?
Pour une société, l’adresse personnelle du dirigeant devient publique sur les registres et les annuaires d’entreprises. La durée peut être limitée à 5 ans si le bail ou la copropriété s’y opposent. Vous ne pouvez pas toujours recevoir de clients chez vous, et un déménagement oblige à transférer le siège, avec les frais de formalités et d’annonce légale qui l’accompagnent.
Comment domicilier gratuitement son entreprise ?
La seule solution durablement gratuite est votre propre logement, ou celui d’un proche qui vous héberge si vous êtes entrepreneur individuel. Les offres à 0 ou 1 € des prestataires sont des promotions limitées dans le temps. Notre article sur la domiciliation gratuite recense ces options, leurs limites et les frais qui restent dus, comme la CFE.
Peut-on domicilier son entreprise dans une autre ville que celle où l’on vit ?
Oui, pour une société comme pour une entreprise individuelle, tant que l’adresse est réelle et justifiée : un local ou une société de domiciliation dans la ville choisie. L’entreprise dépendra alors du greffe, du centre des impôts et du taux de CFE de cette commune. Les guides par ville, comme celui de la domiciliation dans les Hauts-de-Seine, présentent les offres locales.
Sources
- Entreprendre Service Public : « Domicilier son entreprise individuelle et son activité » (vérifié le 2 juillet 2026) et « Cotisation foncière des entreprises (CFE) » (barème 2026).
- Code de commerce, articles L123-10, L123-11-1 à L123-11-8 et R123-166-1 à R123-171.
- Bpifrance Création : « Société de domiciliation, réglementation de l’activité » (mise à jour le 11 juillet 2025).
- CCI Paris Île-de-France : « Quelle domiciliation pour une société commerciale ? ».
- Tarifs affichés sur les sites de Sofradom, SeDomicilier, Les Tricolores, LegalPlace et Kandbaz, relevés le 17 octobre 2026.



