Le commodat agricole, ou prêt à usage, est le contrat par lequel un propriétaire met gratuitement des terres ou des bâtiments à la disposition d’un exploitant, qui doit les lui rendre au terme convenu (articles 1875 à 1891 du Code civil). Sa condition essentielle est la gratuité totale : aucune somme, aucune denrée, aucun service en échange. C’est ce qui le distingue du bail rural, qui s’applique dès qu’une contrepartie existe et impose une durée minimale de 9 ans. Un écrit n’est pas obligatoire, mais il est vivement conseillé ; vous trouverez plus bas un modèle de contrat à télécharger en Word et en PDF.
Le prêt à usage dans le Code civil
Le Code civil définit le prêt à usage, ou commodat, comme « un contrat par lequel l’une des parties livre une chose à l’autre pour s’en servir, à la charge par le preneur de la rendre après s’en être servi » (article 1875). Ce prêt est « essentiellement gratuit » (article 1876) et le prêteur reste propriétaire de la chose prêtée (article 1877). Tout bien qui ne se consomme pas par l’usage peut être prêté : une maison, un local, un véhicule, du matériel et, très souvent à la campagne, des parcelles ou des bâtiments agricoles. L’argent ou les semences, qui se consomment, relèvent d’un autre contrat, le prêt de consommation.
Le contrat se forme par la remise du bien. Il peut être verbal, mais la preuve de ses conditions (durée, usage, gratuité) devient alors difficile en cas de désaccord, et le risque de requalification en bail augmente. L’enregistrement auprès du service des impôts n’est pas obligatoire ; il donne seulement une date certaine à l’acte. Le notaire n’est pas nécessaire non plus, sauf si vous souhaitez un acte authentique, par exemple pour un prêt de longue durée sur des terres de valeur.
Commodat agricole et bail rural : la différence
Le statut du fermage s’applique à « toute mise à disposition à titre onéreux d’un immeuble à usage agricole en vue de l’exploiter » (article L411-1 du Code rural). Le commodat y échappe parce qu’il est gratuit. La différence de régime est considérable pour le propriétaire.
| Commodat (prêt à usage) | Bail rural (fermage) | |
|---|---|---|
| Contrepartie | Aucune | Fermage encadré par arrêté préfectoral |
| Durée | Libre (une campagne, plusieurs années, durée indéterminée) | 9 ans minimum, renouvelable |
| Fin du contrat | Au terme prévu, ou avant en cas de besoin pressant et imprévu du prêteur | Congé encadré, motifs limités, droit au renouvellement du preneur |
| Vente du bien | Pas de droit de préemption de l’exploitant | Droit de préemption du fermier |
| Cession, transmission | Contrat souvent conclu en considération de la personne | Cession possible au conjoint ou aux descendants avec accord ou autorisation |
| Charges | Impôt foncier et grosses réparations au prêteur | Réparties par le statut et le bail |
| Forme | Libre (écrit conseillé) | Écrit conseillé, état des lieux obligatoire |
Le commodat convient donc aux situations transitoires : terres en attente de vente ou de partage successoral, parcelle prêtée à un voisin ou à un parent, mise en valeur provisoire d’un terrain constructible, installation progressive d’un jeune agriculteur dans la famille. Pour une location durable avec loyer, c’est le bail rural qui s’impose.
Le risque de requalification en bail rural
Si l’exploitant prouve qu’il fournit une contrepartie, même modeste ou en nature, le juge peut requalifier le prêt en bail rural soumis au statut du fermage. Le propriétaire perd alors la liberté de reprendre ses terres : le bail court pour 9 ans, se renouvelle, et l’exploitant bénéficie d’un droit de préemption en cas de vente. Les contreparties retenues par les tribunaux sont souvent indirectes :
- une somme d’argent, même symbolique ou inférieure aux minima de l’arrêté préfectoral ;
- la livraison d’une partie des récoltes, de foin, de bois ou d’autres denrées au propriétaire ;
- le remboursement par l’exploitant de l’impôt foncier ou de l’assurance du propriétaire ;
- des travaux ou services au profit du propriétaire, au-delà de l’entretien normal des parcelles prêtées (entretien de son jardin, de ses autres terrains, prestations de matériel).
Pour sécuriser le prêt, écrivez noir sur blanc qu’il est consenti gratuitement, que l’impôt foncier reste à la charge du prêteur sans remboursement, et fixez un terme précis. Les petits arrangements informels (quelques bottes de foin par an, un coup de main) sont précisément ceux qui servent de preuve en justice.
Les obligations du prêteur et de l’emprunteur
Ce que doit l’emprunteur
L’exploitant doit veiller « raisonnablement » à la garde et à la conservation du bien (article 1880) et ne s’en servir que pour l’usage prévu par le contrat ou par sa nature. Il assume l’entretien courant : fumure, fauche des refus, entretien des haies, fossés et clôtures, petites réparations. Il ne répond pas de l’usure due à l’usage normal (article 1884) et ne peut se faire rembourser les dépenses engagées pour se servir du bien (article 1886). Il déclare les surfaces à la PAC et à la MSA, exploite personnellement et assure sa responsabilité civile, ses animaux, son matériel et ses récoltes.
Ce que doit le prêteur
Le propriétaire ne peut reprendre le bien avant le terme convenu ou, à défaut de terme, avant que l’usage pour lequel il a été prêté soit terminé (article 1888). Il paie l’impôt foncier et les grosses réparations (toiture, réfection complète d’une clôture), assure les bâtiments prêtés, et rembourse les dépenses extraordinaires, nécessaires et urgentes que l’emprunteur a dû faire pour conserver le bien (article 1890). Il répond des défauts du bien qu’il connaissait et n’a pas signalés, s’ils causent un préjudice à l’emprunteur (article 1891).
Durée et fin du commodat agricole
Les parties fixent librement la durée : une année culturale, quelques campagnes, ou une durée indéterminée. Trois situations se présentent à la fin du contrat.
- Un terme est fixé : le prêteur récupère ses terres à la date prévue. Avant ce terme, il ne peut les reprendre qu’en cas de besoin pressant et imprévu, que le juge apprécie (article 1889).
- Aucun terme n’est fixé, mais l’usage est limité (une culture précise, une saison de pâturage) : le prêt prend fin quand cet usage est terminé.
- Aucun terme et aucun usage limité dans le temps : la jurisprudence admet que le prêteur peut mettre fin au prêt à tout moment, en respectant un délai de préavis raisonnable.
En agriculture, prévoyez dans le contrat que la restitution n’intervient qu’après l’enlèvement des récoltes en cours, et fixez un préavis (trois ou six mois par lettre recommandée, par exemple). Le décès de l’emprunteur ne met pas fin au prêt, sauf si le contrat a été conclu en considération de sa personne (article 1879) : une clause l’indiquant évite toute discussion avec les héritiers. À la restitution, un état des lieux de sortie comparé à celui d’entrée règle la question des dégradations.
Autorisation d’exploiter, aides et fiscalité
Le prêt à usage ne dispense pas l’exploitant du contrôle des structures. Si l’agrandissement de son exploitation dépasse les seuils fixés par le schéma directeur régional des structures agricoles, il doit obtenir une autorisation d’exploiter auprès de la DDT (direction départementale des territoires), comme pour une prise à bail. Renseignez-vous avant la signature, car l’exploitation sans autorisation expose à des sanctions administratives.
Côté aides, c’est l’exploitant qui met les terres en valeur qui les déclare à la PAC et perçoit les aides correspondantes. Certains dispositifs, notamment les aides à l’installation, exigent un accès au foncier pour une durée minimale : vérifiez auprès de votre DDT ou de votre chambre d’agriculture que la durée du prêt est compatible. Fiscalement, la gratuité signifie qu’aucun revenu foncier n’est à déclarer par le propriétaire. L’administration peut toutefois contrôler qu’un prêt de longue durée ne dissimule pas une donation indirecte ou un bail déguisé.
Le commodat immobilier et les autres usages
Le même contrat sert hors de l’agriculture. Le commodat immobilier permet de loger gratuitement un enfant, un parent ou un concubin, ou de laisser un héritier occuper un bien en attendant le partage d’une succession. Une société peut aussi recevoir en prêt à usage un local appartenant à son dirigeant, pour y installer son siège ou son activité, sans payer de loyer. Le risque principal reste le même : une contrepartie, même déguisée (paiement des charges de copropriété du propriétaire, travaux à son profit), peut entraîner une requalification en bail d’habitation ou commercial. Pour une occupation temporaire avec loyer, d’autres contrats existent, comme le bail précaire.
Modèle de contrat de commodat agricole (Word et PDF)
Notre modèle couvre les clauses utiles pour un prêt de terres ou de bâtiments agricoles : désignation cadastrale, usage autorisé, gratuité et charge de l’impôt foncier, durée, obligations de chaque partie, fin anticipée avec préavis et respect des récoltes, restitution et caractère personnel du prêt. Complétez les champs entre crochets et joignez un état des lieux et un plan cadastral.

Ce modèle est indicatif. Si les terres appartiennent à une indivision ou à une société, vérifiez qui a le pouvoir de signer : pour un bien indivis, les règles de majorité entre indivisaires (article 815-3 du Code civil) s’appliquent, et une SCI agit par son gérant dans les limites de ses statuts. Pour un prêt de plusieurs années ou sur des surfaces importantes, faites relire le contrat par un notaire, un avocat ou le service juridique de votre chambre d’agriculture.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un commodat agricole ?
C’est un prêt à usage de terres ou de bâtiments agricoles : le propriétaire les met gratuitement à disposition d’un exploitant, qui les cultive ou y fait pâturer ses animaux, puis les restitue au terme prévu. Le contrat relève des articles 1875 à 1891 du Code civil et échappe au statut du fermage tant qu’aucune contrepartie n’est versée au propriétaire.
Quelle est la différence entre un commodat et un bail ?
La différence tient à la contrepartie. Le commodat est gratuit ; le bail suppose un loyer ou un fermage. Pour des terres agricoles, le bail rural impose une durée minimale de 9 ans, un droit au renouvellement et un droit de préemption de l’exploitant, alors que le commodat laisse au propriétaire la liberté de fixer la durée et de récupérer ses terres au terme convenu.
Quels sont les inconvénients du commodat ?
Pour l’exploitant, la précarité : sans terme fixé, le propriétaire peut reprendre ses terres avec un simple préavis raisonnable, ce qui freine les investissements de long terme. Pour le propriétaire, aucun revenu et un risque de requalification en bail rural si une contrepartie apparaît. Il conserve aussi les charges de propriétaire, dont l’impôt foncier et les grosses réparations.
Qui peut rédiger un commodat ?
Les parties peuvent le rédiger elles-mêmes sous seing privé, à partir d’un modèle comme le nôtre, en deux exemplaires signés. Un notaire, un avocat ou la chambre d’agriculture peut aussi le rédiger, ce qui est recommandé pour un prêt long, des terres de valeur ou des bâtiments. L’enregistrement aux impôts est facultatif ; il donne date certaine à l’acte vis-à-vis des tiers.
Faut-il une autorisation d’exploiter pour un commodat agricole ?
Oui, si l’opération entre dans le champ du contrôle des structures défini par le schéma directeur régional, notamment en cas d’agrandissement au-delà du seuil fixé. Le mode d’accès aux terres (prêt, bail ou achat) ne change rien à cette obligation. L’exploitant dépose sa demande auprès de la DDT du département où se trouvent les parcelles, avant de commencer à exploiter.
Sources
- Code civil : articles 1875 à 1891 (prêt à usage ou commodat).
- Code rural et de la pêche maritime : article L411-1 (champ du statut du fermage) et articles L331-1 et suivants (contrôle des structures).



