Le bail précaire, appelé juridiquement bail dérogatoire ou bail de courte durée, est un contrat de location d’un local commercial ou artisanal conclu pour 3 ans maximum, qui écarte le statut des baux commerciaux (article L. 145-5 du Code de commerce). Le locataire n’a ni droit au renouvellement ni indemnité d’éviction, et le bail prend fin automatiquement à son terme, sans congé. S’il reste dans les lieux plus d’un mois après l’échéance sans opposition du bailleur, le contrat devient un bail commercial classique de 9 ans. Un modèle de bail précaire à télécharger (Word et PDF) figure plus bas.
Bail précaire : définition et conditions de validité
Le bail dérogatoire sert à occuper un local pour une durée courte sans s’engager dans un bail commercial de 9 ans. Il convient à un commerçant qui veut tester un emplacement, à une boutique éphémère (pop-up store), à une entreprise qui attend la livraison de ses locaux définitifs, ou à un propriétaire qui souhaite louer un local dont il prévoit de reprendre la disposition. Pour être valable, il doit réunir plusieurs conditions :
- un écrit : le bail verbal n’est pas admis ;
- une volonté claire des deux parties d’écarter le statut des baux commerciaux, exprimée dans le contrat ;
- une durée totale de 3 ans au plus, y compris en cas de baux successifs pour les mêmes locaux ;
- un état des lieux d’entrée annexé au bail, puis un état des lieux de sortie ;
- un local destiné à l’exploitation d’un fonds de commerce ou d’un fonds artisanal.
Si l’une de ces conditions manque, le juge peut requalifier le contrat en bail commercial soumis au statut, avec ses protections pour le locataire. Il n’existe en revanche aucune durée minimale : un bail dérogatoire peut porter sur quelques semaines comme sur 36 mois.
Bail précaire, bail dérogatoire, convention d’occupation précaire : la différence
Dans le langage courant, « bail précaire » désigne le bail dérogatoire de l’article L. 145-5. La convention d’occupation précaire (COP) est un autre contrat, défini par l’article L. 145-5-1 : l’occupation n’y est autorisée qu’en raison de circonstances particulières indépendantes de la seule volonté des parties, par exemple un immeuble promis à la démolition, un local en attente d’expropriation ou une procédure de vente en cours. La COP n’a pas de durée maximale, mais elle cesse dès que la circonstance qui la justifie disparaît. La contrepartie versée est une redevance, souvent inférieure à un loyer de marché. Sans motif de précarité réel et démontrable, elle risque la requalification en bail commercial.
Durée du bail précaire et baux successifs
Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, la durée maximale est de 3 ans (elle était de 2 ans auparavant). Les parties peuvent signer un premier bail d’un an, puis un deuxième de 18 mois, puis un troisième de 6 mois : seule compte la durée cumulée des baux conclus pour les mêmes locaux entre le même bailleur et le même locataire. Le contrat doit indiquer une date de début et une date de fin précises ; il n’y a pas de tacite reconduction.
À l’expiration des 3 ans, les parties ne peuvent plus conclure un nouveau bail dérogatoire pour exploiter le même fonds dans les mêmes locaux. Le locataire qui veut rester doit alors signer un bail commercial de 9 ans, avec toutes ses règles : droit au renouvellement, indemnité d’éviction en cas de refus, faculté de résiliation triennale. Ces règles sont détaillées dans notre guide du renouvellement du bail commercial.
Préavis et résiliation d’un bail précaire
Le bail dérogatoire est conclu pour une période ferme. Il cesse de plein droit à la date prévue : le bailleur n’a pas à délivrer de congé et le locataire n’a pas à respecter le préavis de 6 mois du bail commercial. Le locataire libère les lieux, rend les clés le dernier jour et réalise l’état des lieux de sortie.
Avant le terme, il n’existe pas de droit de résiliation anticipée. Un locataire qui part plus tôt reste redevable des loyers jusqu’à la fin du contrat, sauf accord du bailleur. Pour éviter ce blocage, le bail peut prévoir une clause de résiliation anticipée fixant le délai de préavis et la forme de la notification. Les situations à anticiper :
- départ au terme : aucune formalité de congé, restitution des clés et état des lieux de sortie à la date de fin ;
- départ anticipé avec clause : préavis prévu au contrat (souvent 1 à 3 mois), notifié par lettre recommandée avec avis de réception ou par commissaire de justice ;
- départ anticipé sans clause : négociation d’une résiliation amiable écrite, faute de quoi les loyers restent dus ;
- maintien dans les lieux après le terme : le bailleur dispose d’un mois pour réagir (voir ci-dessous).
Le délai d’un mois après l’échéance
Si le locataire reste et est laissé en possession des lieux plus d’un mois après la date de fin, un nouveau bail se forme automatiquement, soumis au statut des baux commerciaux. Il prend effet le lendemain de l’échéance du bail dérogatoire. Pour l’éviter, le bailleur doit demander au locataire de quitter les lieux dans ce délai d’un mois, par lettre recommandée avec avis de réception ou par acte de commissaire de justice. Une simple tolérance, des échanges oraux ou l’encaissement des loyers après le terme jouent contre lui. Inversement, le locataire qui souhaite obtenir un bail commercial a intérêt à rester dans les lieux et à continuer de payer le loyer.
Loyer, charges, dépôt de garantie et état des lieux
Le loyer est fixé librement par les parties et n’est pas plafonné. Le bail peut prévoir une indexation annuelle sur l’indice des loyers commerciaux (ILC) ou l’indice des loyers des activités tertiaires (ILAT), publiés par l’Insee. La répartition des charges, impôts et travaux relève elle aussi du contrat : listez précisément ce qui est refacturé au locataire (taxe foncière, charges de copropriété, entretien) pour éviter les litiges en fin de bail.
L’état des lieux est obligatoire à l’entrée et à la sortie. Il est établi à l’amiable par les parties ou par un tiers qu’elles mandatent ; en cas de désaccord, un commissaire de justice l’établit et ses frais sont partagés par moitié. Pour la méthode, voir notre guide de l’état des lieux d’un local commercial. Le bailleur annexe aussi l’état des risques et, selon le local, d’autres diagnostics, présentés dans notre page sur les diagnostics du bail commercial.
Ce que change la loi du 26 mai 2026
La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a modifié le bail commercial : droit pour le locataire de payer son loyer mensuellement, plafonnement du dépôt de garantie et des autres garanties à un trimestre de loyer pour les baux conclus ou renouvelés depuis son entrée en vigueur, restitution du dépôt dans les 3 mois suivant la remise des clés. Ces règles visent les locaux destinés au commerce de détail ou de gros et aux prestations de services commerciales ou artisanales. Leur application au bail dérogatoire, qui est exclu du statut, n’est pas tranchée par les tribunaux à ce jour. En pratique, un dépôt de garantie limité à un trimestre et un paiement mensuel évitent toute contestation.
Avantages et inconvénients du bail précaire
Le bail dérogatoire répond à des besoins de souplesse des deux côtés, mais ses limites pèsent surtout sur le locataire, qui n’acquiert aucune stabilité. Les points à peser avant de signer :
- pour le locataire : engagement court, test d’un emplacement ou d’une activité avant un engagement de 9 ans ;
- pour le bailleur : récupération du local au terme sans indemnité d’éviction, loyer libre, possibilité de louer un local en attente d’un projet ;
- contre le locataire : aucune propriété commerciale, impossibilité de céder un droit au bail, investissements d’aménagement difficiles à amortir ;
- contre le bailleur : risque de requalification en bail commercial en cas d’erreur de rédaction ou d’inaction à l’échéance.
Comparatif des contrats de location de courte durée
Selon votre activité et la nature du local, le bail dérogatoire n’est pas toujours le bon outil. Le tableau compare les formules les plus utilisées pour une occupation temporaire.
| Contrat | Usage | Durée | Fin du contrat |
|---|---|---|---|
| Bail dérogatoire (bail précaire) | Local commercial ou artisanal | 3 ans maximum, baux successifs compris | Automatique au terme ; bail commercial si maintien au-delà d’un mois |
| Convention d’occupation précaire | Tout local, circonstance particulière | Pas de maximum | Disparition de la circonstance qui la justifie |
| Bail commercial | Local commercial ou artisanal | 9 ans minimum | Congé avec préavis de 6 mois, résiliation triennale |
| Bail professionnel | Activité libérale | 6 ans minimum | Le locataire peut partir à tout moment avec 6 mois de préavis |
| Bail mobilité | Logement meublé, situation temporaire | 1 à 10 mois, non renouvelable | Au terme ; départ anticipé avec 1 mois de préavis |
Existe-t-il un bail précaire d’habitation ?
Non, pas sous ce nom. La location d’une résidence principale relève de la loi du 6 juillet 1989, qui impose des durées minimales : 3 ans pour un logement vide loué par un particulier, 1 an pour un meublé (9 mois pour un étudiant). Pour une occupation courte, l’outil prévu est le bail mobilité, réservé aux logements meublés et aux personnes en formation, en études, en stage, en apprentissage, en service civique, en mutation ou en mission temporaire. Une convention d’occupation précaire reste possible dans des circonstances exceptionnelles, par exemple un logement de fonction ou un immeuble promis à la démolition.
Et pour une activité libérale ?
Le bail dérogatoire de l’article L. 145-5 vise les fonds de commerce et artisanaux. Un professionnel libéral qui cherche un local pour une courte période se tourne plutôt vers un bail professionnel (6 ans minimum, mais résiliable à tout moment par le locataire avec 6 mois de préavis), une sous-location autorisée, un bureau en centre d’affaires ou en coworking. Pour une simple adresse de siège sans bureau, la domiciliation d’entreprise évite tout bail.
Modèle de bail précaire gratuit (Word et PDF)
Notre modèle de bail dérogatoire reprend les clauses indispensables. Complétez les champs entre crochets et supprimez les options inutiles :
- la renonciation expresse au statut des baux commerciaux, condition de validité du contrat ;
- la désignation précise des locaux et l’activité autorisée ;
- les dates de début et de fin, sans tacite reconduction ;
- la déclaration des baux dérogatoires antérieurs, pour contrôler le plafond de 3 ans ;
- le loyer, son indexation éventuelle sur l’ILC ou l’ILAT et la liste des charges refacturées ;
- le dépôt de garantie et l’état des lieux d’entrée et de sortie ;
- une clause de résiliation anticipée optionnelle et le rappel du délai d’un mois en fin de bail.

Un modèle couvre les situations courantes. Si le local fait l’objet d’aménagements lourds, si plusieurs baux se succèdent ou si le dépôt de garantie est élevé, faites relire le contrat par un avocat ou un notaire : une erreur de rédaction peut transformer le bail en bail commercial de 9 ans.
Questions fréquentes
C’est quoi un bail précaire ?
C’est le nom courant du bail dérogatoire : un contrat de location d’un local commercial ou artisanal d’une durée de 3 ans au plus, par lequel bailleur et locataire écartent volontairement le statut des baux commerciaux. Le locataire ne bénéficie ni du renouvellement ni de l’indemnité d’éviction, et le bail s’arrête de lui-même à la date prévue.
Qu’est-ce qu’un bail à titre précaire ?
L’expression vise le plus souvent la convention d’occupation précaire : une mise à disposition d’un local justifiée par une circonstance extérieure à la volonté des parties (démolition prévue, expropriation, vente en cours). Sa durée n’est pas limitée, mais elle prend fin quand cette circonstance disparaît. Elle se distingue du bail dérogatoire, limité à 3 ans et sans motif particulier à justifier.
Est-ce qu’un bail précaire est renouvelable ?
Il n’est pas renouvelable au sens du bail commercial, puisque le locataire n’a aucun droit au renouvellement. Les parties peuvent en revanche conclure plusieurs baux dérogatoires successifs, tant que leur durée totale ne dépasse pas 3 ans. Au-delà, seul un bail commercial permet de rester dans les mêmes locaux pour la même activité.
Quel préavis pour quitter un bail précaire ?
Aucun préavis n’est imposé par la loi au terme : le bail prend fin automatiquement à la date convenue. Avant le terme, le locataire ne peut partir qu’en vertu d’une clause de résiliation anticipée, avec le préavis qu’elle prévoit, ou avec l’accord écrit du bailleur. Pour les règles applicables à un bail commercial classique, consultez notre guide sur la résiliation du bail commercial.
Que se passe-t-il si le locataire reste après la fin du bail ?
Si le bailleur ne lui demande pas de partir, par lettre recommandée ou acte de commissaire de justice, dans le mois qui suit l’échéance, un bail commercial de 9 ans se forme automatiquement aux conditions du statut. Le locataire acquiert alors la propriété commerciale, avec droit au renouvellement et indemnité d’éviction.
Sources
- Code de commerce, articles L. 145-5 (bail dérogatoire) et L. 145-5-1 (convention d’occupation précaire), sur legifrance.gouv.fr.
- Entreprendre.service-public.gouv.fr : « Bail dérogatoire (ou bail de courte durée) », vérifié le 9 juin 2026, et « Bail commercial : ce qui change », 29 mai 2026.
- Loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique.
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (baux d’habitation et bail mobilité) ; loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986, article 57 A (bail professionnel).



