Le schéma de la communication représente la façon dont une information passe d’une personne à une autre. Dans sa forme la plus simple, un émetteur transmet un message à un récepteur par un canal, à l’aide d’un code commun. Les modèles plus complets ajoutent le bruit qui perturbe la transmission, le contexte qui lui donne son sens et la rétroaction (feedback) qui permet à l’émetteur de vérifier qu’il a été compris.
Ce schéma sert de grille de lecture pour analyser un échange qui a mal tourné, préparer une réunion, une note interne ou une campagne. Les sections ci-dessous détaillent chaque élément, les cinq modèles de référence (Shannon et Weaver, Lasswell, Jakobson, Schramm, Riley et Riley) et leur application en entreprise.

Les éléments du schéma de la communication
Les manuels retiennent cinq éléments de base, auxquels s’ajoutent trois notions qui expliquent pourquoi un message n’est pas toujours reçu comme il a été pensé. Le tableau donne pour chacun un exemple tiré de la vie d’une entreprise.
| Élément | Rôle | Exemple en entreprise |
|---|---|---|
| Émetteur | Personne ou organisation qui a une intention et formule le message (encodage) | La directrice des ressources humaines |
| Message | Contenu transmis : information, demande, consigne, émotion | Le nouveau calendrier des entretiens annuels |
| Canal | Support physique ou technique de transmission | Courriel, réunion, intranet, affichage |
| Code | Système de signes partagé : langue, vocabulaire, symboles, chiffres | Français, vocabulaire RH, tableau de dates |
| Récepteur | Destinataire qui reçoit, décode et interprète | Les managers d’équipe |
| Bruit | Tout ce qui perturbe la transmission ou la compréhension | Courriel noyé parmi cent autres, sigle inconnu |
| Contexte | Situation qui donne son sens au message | Période de réorganisation, tension sociale |
| Rétroaction | Réponse du récepteur qui revient vers l’émetteur | Questions posées, accusé de lecture, entretiens planifiés |
Émetteur, message et récepteur
L’émetteur part d’une intention (informer, convaincre, obtenir une action) et la traduit en mots, en images ou en chiffres : c’est l’encodage. Le récepteur fait l’opération inverse, le décodage, avec ses propres connaissances, son humeur et ses attentes. Un même message peut donc produire des compréhensions différentes selon les personnes qui le reçoivent. En entreprise, un émetteur peut être collectif (la direction, un service), ce qui pose la question de la signature et de la légitimité du message.
Canal et code
Le canal est le chemin emprunté : la voix en face à face, le téléphone, l’écrit papier, la messagerie, la visioconférence. Chaque canal a ses forces. L’oral permet de voir les réactions mais ne laisse pas de trace ; l’écrit laisse une trace mais supprime le ton et les gestes. Le code doit être commun : un jargon technique compris par l’équipe informatique devient du bruit pour un client. Adapter le code au récepteur est la première règle de toute communication efficace.
Pour choisir le canal, quelques repères simples suffisent dans la plupart des situations professionnelles :
- annonce sensible ou décision qui touche les personnes : face-à-face ou réunion d’abord, écrit ensuite ;
- consigne, procédure, chiffres à conserver : écrit structuré, accessible sur l’intranet ou le drive partagé ;
- question rapide ou coordination : messagerie instantanée ou appel ;
- information destinée à beaucoup de monde : courriel, lettre interne ou affichage, complétés par un relais managérial.
Bruit, contexte et rétroaction
Le bruit, au sens du modèle de Shannon, désigne tout ce qui dégrade le signal. On en distingue trois familles, chacune appelant une parade différente :
- bruit physique ou technique : open space bruyant, coupure de visioconférence, pièce jointe illisible sur mobile ; la parade consiste à changer de canal ou de moment ;
- bruit sémantique : mot ambigu, sigle inconnu, chiffre sans unité ni période de référence ; la parade est la reformulation et le glossaire ;
- bruit psychologique : méfiance envers l’émetteur, rumeur préalable, surcharge d’informations ; la parade passe par le choix d’un émetteur crédible et par l’échange direct.
Le contexte comprend le lieu, le moment et la relation entre les interlocuteurs. La rétroaction, enfin, transforme la transmission en échange : sans elle, l’émetteur ignore si son message est arrivé et comment il a été compris.
Les grands modèles du schéma de la communication
Le schéma de base est une synthèse de plusieurs modèles théoriques, apparus entre la fin des années 1940 et les années 1960. Chacun éclaire un aspect différent de l’échange.
| Modèle | Date | Idée principale | Utilité pratique |
|---|---|---|---|
| Shannon et Weaver | 1948-1949 | Communication comme transmission d’un signal d’une source vers un destinataire, perturbée par le bruit | Identifier les pertes d’information techniques |
| Lasswell | 1948 | Cinq questions : qui dit quoi, par quel canal, à qui, avec quel effet | Structurer une campagne ou un plan de communication |
| Schramm | 1954 | Émetteur et récepteur doivent partager un champ d’expérience ; la communication est circulaire | Adapter le message à l’expérience du public |
| Riley et Riley | 1959 | Émetteur et récepteur appartiennent à des groupes qui influencent leur interprétation | Tenir compte des équipes, des métiers, des cultures |
| Jakobson | 1960 | Six facteurs de la communication, chacun associé à une fonction du langage | Choisir le ton et la fonction dominante d’un message |
Le modèle de Shannon et Weaver
Claude Shannon, ingénieur aux laboratoires Bell, publie en 1948 une théorie mathématique de la communication, reprise en 1949 dans un ouvrage avec Warren Weaver. Le schéma est linéaire : source d’information, émetteur qui transforme le message en signal, canal, récepteur qui reconstitue le message, destinataire. Une source de bruit agit sur le canal. Conçu pour les télécommunications, ce modèle a été appliqué ensuite aux échanges humains, avec une limite : il ignore le sens et la réponse du destinataire.
Le modèle de Lasswell
Harold Lasswell, politologue américain, propose en 1948 une formule restée célèbre : « Qui dit quoi, par quel canal, à qui, avec quel effet ? ». Chaque question correspond à un champ d’analyse : l’émetteur, le contenu, les médias, l’audience, les effets. Le modèle convient bien à la communication de masse et sert encore de trame pour rédiger un plan de communication, notamment la dernière question, souvent oubliée : quel résultat mesurable attend-on ?
Le schéma de Jakobson et les fonctions du langage
Le linguiste Roman Jakobson décrit en 1960 six facteurs : le destinateur, le destinataire, le message, le contexte (ou référent), le code et le contact (le canal et la relation). À chacun correspond une fonction du langage. Un même message les combine, mais l’une domine toujours.
- Fonction expressive (destinateur) : exprimer un sentiment ou un point de vue. « Je suis fier du travail de l’équipe. »
- Fonction conative (destinataire) : faire agir. « Merci de valider vos congés avant vendredi. »
- Fonction référentielle (contexte) : informer sur un fait. « Le chiffre d’affaires a progressé de 8 %. »
- Fonction métalinguistique (code) : expliquer un terme. « Par “client actif”, nous entendons un client ayant commandé dans l’année. »
- Fonction phatique (contact) : établir ou vérifier le lien. « Vous m’entendez bien ? »
- Fonction poétique (message) : travailler la forme elle-même, comme dans un slogan.
Schramm, Riley et Riley : la communication comme échange
Wilbur Schramm ajoute en 1954 la notion de champ d’expérience : on ne comprend un message que dans la mesure où l’on partage des références avec celui qui l’émet. Il représente la communication comme un cercle où chacun est tour à tour émetteur et récepteur. Matilda et John Riley montrent en 1959 que chaque interlocuteur appartient à des groupes (famille, collègues, profession) qui orientent sa lecture. Ces deux apports expliquent pourquoi une même annonce est accueillie différemment par le siège et par les équipes de terrain.
Appliquer le schéma de la communication en entreprise
Le schéma devient utile lorsqu’on s’en sert pour vérifier un message avant de l’envoyer. Les questions suivantes, posées dans l’ordre, évitent la plupart des malentendus en communication interne comme externe.
- Émetteur : qui est le plus légitime pour porter ce message, le dirigeant, le manager direct, un expert ?
- Récepteur : qui doit le recevoir, que sait-il déjà, quelles sont ses préoccupations ?
- Message : quelle est l’information principale, en une phrase ? Quelle action attend-on ?
- Code : le vocabulaire est-il compris de tous ? Les sigles sont-ils expliqués ?
- Canal : une décision sensible s’annonce de vive voix avant l’écrit ; une procédure se diffuse par écrit pour rester consultable.
- Bruit : le moment est-il bien choisi ? Le message est-il en concurrence avec d’autres ?
- Rétroaction : comment saura-t-on qu’il a été compris : questions, sondage, échange en réunion ?
Cette grille s’articule avec le plan de communication, qui organise les messages dans le temps. Nos articles sur la communication interne et externe et sur le plan de communication avec exemple prolongent cette démarche.
Exemple et exercice corrigé
Situation : le gérant d’une PME de 25 salariés annonce par un courriel envoyé un vendredi à 18 heures que l’entreprise déménage dans trois mois. Le lundi, plusieurs salariés pensent que des postes vont être supprimés. Identifiez les éléments du schéma et les causes du malentendu.
Corrigé : l’émetteur est le gérant ; les récepteurs sont les salariés ; le message est l’annonce du déménagement ; le canal est le courriel ; le code est la langue écrite, sans précision sur les conséquences pour les postes. Le contexte (fin de semaine, aucune annonce préalable) et un bruit psychologique (inquiétude sur l’emploi) ont orienté l’interprétation. Il manquait surtout la rétroaction : personne ne pouvait poser de question avant lundi. Une réunion le jeudi, suivie d’un écrit récapitulatif et d’une foire aux questions, aurait évité la rumeur.
Les limites du schéma
Le schéma de base reste une simplification. Les chercheurs de l’école de Palo Alto ont insisté sur le fait que l’on ne peut pas ne pas communiquer : un silence, une absence de réponse ou une posture envoient aussi un message. Le schéma linéaire rend mal compte des échanges à plusieurs, des réseaux sociaux internes ou des réunions où chacun est simultanément émetteur et récepteur.
Il reste néanmoins un excellent outil de diagnostic. Quand un projet échoue faute d’adhésion, revenir aux éléments du schéma permet de localiser la cause : mauvais émetteur, canal inadapté, code trop technique ou absence de retour.
Questions fréquentes
Quels sont les 5 éléments du schéma de communication ?
L’émetteur, le récepteur, le message, le canal et le code. Les présentations plus complètes ajoutent le bruit, le contexte et la rétroaction, ce qui porte le schéma à huit éléments. Le schéma de Jakobson en retient six : destinateur, destinataire, message, contexte, code et contact.
Quels sont les principaux schémas de la communication ?
Les modèles de référence sont ceux de Shannon et Weaver (transmission et bruit), de Lasswell (les cinq questions), de Schramm (champ d’expérience et circularité), de Riley et Riley (influence des groupes) et de Jakobson (six fonctions du langage). Les modèles plus récents insistent sur l’interaction plutôt que sur la transmission.
Comment faire un schéma de communication simple ?
Dessinez deux cadres, émetteur à gauche et récepteur à droite, reliés par une flèche portant le message et le canal. Ajoutez au-dessus le code commun, en dessous une source de bruit, et une flèche de retour du récepteur vers l’émetteur pour la rétroaction. Entourez l’ensemble d’un cadre qui représente le contexte.
Quelles sont les 4 formes de communication ?
Selon le critère retenu, on distingue la communication verbale, non verbale, écrite et visuelle, ou bien, selon le nombre de personnes, la communication interpersonnelle, de groupe, de masse et intrapersonnelle. En entreprise, on oppose aussi communication interne et externe, et communication ascendante, descendante et transversale.
Qu’est-ce que le modèle de Lasswell ?
C’est une grille en cinq questions proposée par Harold Lasswell en 1948 : qui (l’émetteur), dit quoi (le message), par quel canal (le média), à qui (le public), avec quel effet (le résultat). Elle sert à analyser une campagne ou à construire un plan de communication en partant de l’objectif visé.
Pour aller plus loin sur les métiers qui mettent ce schéma en pratique, consultez notre guide des métiers de la communication.



