Un auto-entrepreneur peut acheter chez un grossiste dès qu’il dispose d’un numéro SIRET : c’est le justificatif que la plupart des grossistes demandent pour ouvrir un compte professionnel et appliquer leurs tarifs. Pour trouver le bon fournisseur, quatre canaux couvrent l’essentiel des besoins : les grossistes en libre-service, les plateformes de vente en gros en ligne, les salons professionnels et l’import direct. Le point qui change tout en micro-entreprise est la TVA : en franchise en base, la TVA payée sur vos achats n’est pas récupérable et doit entrer dans votre prix de revient. Il est aussi possible de devenir soi-même grossiste sous ce régime, dans la limite de 203 100 € de chiffre d’affaires annuel en 2026.
Acheter chez un grossiste quand on est auto-entrepreneur : les conditions
Un grossiste vend des marchandises en quantité à des professionnels qui les revendent ou les utilisent pour leur activité : commerçants, artisans, restaurateurs, entreprises. Il se place entre le fabricant et le détaillant. Le statut d’auto-entrepreneur (régime de la micro-entreprise) ne ferme aucune porte : pour un fournisseur, vous êtes une entreprise individuelle immatriculée comme une autre. Ce qui compte, c’est la preuve que vous exercez une activité professionnelle déclarée.
Les justificatifs le plus souvent demandés à l’ouverture d’un compte :
- le numéro SIRET, attribué après la déclaration de début d’activité sur le guichet unique de l’INPI ;
- un extrait d’immatriculation au registre national des entreprises, ou un extrait Kbis d’auto-entrepreneur si vous êtes inscrit au RCS ;
- une pièce d’identité du dirigeant ;
- parfois un numéro de TVA intracommunautaire, surtout chez les fournisseurs d’autres pays de l’Union européenne ;
- pour certains grossistes en libre-service, un justificatif de l’activité exercée (le code APE doit correspondre aux produits achetés).
Un nouveau client sans historique de commandes se voit souvent imposer un paiement à la commande pendant les premiers mois. Les délais de paiement à 30 ou 60 jours se négocient ensuite, une fois la relation installée. L’adresse de votre entreprise figure sur tous ces documents : une domiciliation d’auto-entrepreneur évite d’y faire apparaître votre adresse personnelle.
Les types de fournisseurs accessibles à un micro-entrepreneur
Le mot « grossiste » recouvre des acteurs très différents. Le bon choix dépend du volume que vous pouvez acheter, de votre trésorerie et du délai que vous pouvez accepter entre la commande et la mise en vente.
| Type de fournisseur | Exemples | Points forts | Limites |
|---|---|---|---|
| Grossiste en libre-service (cash and carry) | Metro, Promocash | Achat immédiat, petites quantités possibles, alimentaire et équipement | Accès réservé aux professionnels, prix moins bas qu’en direct fabricant |
| Grossiste spécialisé ou distributeur | Grossistes en informatique, textile, pièces auto, jouets | Catalogue profond, conseil, livraison régulière | Minimum de commande, ouverture de compte parfois sélective |
| Plateforme de vente en gros en ligne | Ankorstore, Faire | Marques indépendantes, inscription en ligne avec SIRET | Orientées commerces de détail, conditions propres à chaque marque |
| Fabricant en direct | Ateliers, marques, producteurs | Meilleur prix, possibilité de personnalisation | Quantités élevées, négociation plus longue |
| Import hors Union européenne | Alibaba, Global Sources, Made-in-China | Prix d’usine | Douane, délais longs, conformité des produits à vérifier |
Où trouver un grossiste pour une auto-entreprise
Les salons professionnels
Les salons restent le moyen le plus fiable pour juger un fournisseur : vous voyez les produits, vous rencontrez les commerciaux et vous comparez plusieurs offres le même jour. Chaque secteur a ses rendez-vous : Maison&Objet pour la décoration, Who’s Next pour la mode, le SIAL pour l’alimentaire. L’entrée est en général réservée aux professionnels, ce qui suppose de présenter votre SIRET à l’inscription. Préparez avant le salon les mêmes questions pour chaque exposant, afin de comparer les réponses sur une base commune :
- quel est le minimum de commande pour un premier achat ?
- quels sont les délais de livraison habituels et en période de forte demande ?
- à partir de quelles quantités le tarif devient-il dégressif ?
- quelles sont les conditions de retour des produits défectueux ?
Les recherches en ligne et les annuaires
Une recherche du type « grossiste + produit + région » donne une première liste. Les annuaires d’entreprises, les fédérations professionnelles de votre secteur et les places de marché B2B complètent ce repérage. Regardez aussi les mentions des produits vendus par vos concurrents : la marque, le fabricant ou l’importateur figurent souvent sur l’étiquette ou la notice. Avant tout contact, vérifiez l’existence légale du fournisseur (SIREN, date de création, dirigeants) sur un registre public : cette étape écarte une bonne partie des sites frauduleux qui se présentent comme grossistes.
Les fournisseurs proches de chez vous
Un grossiste situé dans votre région réduit les frais de transport et les délais, et permet d’aller chercher la marchandise vous-même. C’est souvent la meilleure option pour démarrer avec de petites quantités et réassortir rapidement les références qui se vendent. Pour l’alimentaire, les marchés d’intérêt national, comme celui de Rungis, accueillent les acheteurs professionnels munis d’une carte d’acheteur. Les chambres de commerce et d’industrie peuvent aussi vous orienter vers les grossistes implantés sur votre territoire.
L’import depuis l’Asie
Alibaba, Global Sources ou Made-in-China mettent en relation avec des fabricants, surtout chinois. Les prix unitaires sont bas, mais le coût réel s’alourdit avec le transport, les droits de douane et la TVA à l’importation. Toute opération de dédouanement suppose un numéro EORI, à demander gratuitement aux douanes. L’importateur répond de la conformité des produits qu’il met sur le marché européen (marquage CE des jouets ou de l’électronique, par exemple). Avant une première commande en volume :
- vérifiez le code douanier du produit et le taux de droits applicable ;
- commandez des échantillons et testez-les ;
- exigez les certificats de conformité et les rapports d’essais ;
- fixez l’incoterm (qui paie le transport et le dédouanement) dans la commande ;
- utilisez un mode de paiement protégé par la plateforme.
Choisir son grossiste : les critères qui comptent
Le prix unitaire n’est qu’un critère parmi d’autres. Un fournisseur moins cher mais irrégulier vous fera perdre des ventes, et un minimum de commande trop élevé immobilise votre trésorerie. Comparez les offres sur une grille identique :
- la qualité, vérifiée sur échantillon avant toute commande importante ;
- le minimum de commande, en quantité ou en montant, compatible avec votre budget et votre place de stockage ;
- le coût rendu : prix d’achat, frais de port, droits de douane et TVA non récupérable compris ;
- les délais annoncés et réels, à confirmer auprès d’autres clients ;
- les conditions de paiement : acompte, paiement à la commande, à 30 ou 60 jours ;
- la politique de retour pour les produits défectueux ou non conformes ;
- la conformité réglementaire : étiquetage, marquage CE, fiches de sécurité selon le produit ;
- l’exclusivité éventuelle sur votre zone ou votre canal de vente.
Travaillez avec au moins deux fournisseurs pour vos produits principaux. Une rupture de stock chez un fournisseur unique suffit à bloquer votre activité pendant plusieurs semaines, surtout en période de forte demande.
TVA et marge : le calcul propre à la micro-entreprise
En franchise en base de TVA, vous ne facturez pas de TVA à vos clients et vous ne récupérez pas celle que vous payez à vos fournisseurs. En 2026, la franchise s’applique si votre chiffre d’affaires de vente de marchandises de l’année précédente ne dépasse pas 85 000 €, avec un seuil majoré de 93 500 € dans l’année en cours. Votre prix de revient se calcule donc TTC. Les cotisations sociales, elles, sont dues sur le chiffre d’affaires encaissé : 12,3 % pour l’achat-revente en 2026, auxquels s’ajoute la contribution à la formation professionnelle.
Exemple pour un article acheté 10 € HT et vendu à un particulier au prix affiché de 25 € :
| Poste | En franchise de TVA | Assujetti à la TVA (20 %) |
|---|---|---|
| Prix payé par le client | 25,00 € | 25,00 € TTC |
| Chiffre d’affaires retenu | 25,00 € | 20,83 € HT |
| Coût d’achat | 12,00 € (TVA non récupérable) | 10,00 € (TVA récupérée) |
| Frais de port fournisseur | 1,20 € | 1,00 € |
| Cotisations sociales (12,3 %) | 3,08 € | 2,56 € |
| Formation professionnelle (0,1 %) | 0,03 € | 0,02 € |
| Marge avant impôt sur le revenu | 8,69 € | 7,25 € |
Face à des particuliers, la franchise reste avantageuse malgré la TVA perdue sur les achats. Face à des clients professionnels qui récupèrent la TVA, la comparaison se fait sur le prix hors taxes et l’écart disparaît. Ajoutez à ce calcul l’emballage, l’expédition, les commissions des places de marché et la publicité : une marge brute confortable peut fondre de moitié une fois ces frais déduits. Le suivi régulier de ces coûts fait partie de la comptabilité d’une boutique en ligne.
Les règles commerciales à respecter avec vos fournisseurs et vos clients
Entre professionnels, les délais de paiement sont encadrés par l’article L441-10 du Code de commerce : 60 jours après la date d’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit. Tout retard entraîne des pénalités et une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement. La revente à perte, c’est-à-dire la revente d’un produit en l’état en dessous de son prix d’achat effectif, est interdite et punie de 75 000 € d’amende (article L442-5 du même code), hors exceptions comme les soldes ou la liquidation.
La facturation électronique devient obligatoire par étapes. Toutes les entreprises, micro-entreprises comprises, doivent pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026. L’obligation d’émettre des factures électroniques s’applique aux PME et micro-entreprises à partir du 1er septembre 2027. Vos achats auprès de grossistes français arriveront donc progressivement sous ce format : choisissez dès maintenant une plateforme agréée pour les recevoir. Conservez enfin les factures d’achat : elles prouvent l’origine des marchandises en cas de contrôle ou de litige sur une contrefaçon.
Devenir grossiste en tant qu’auto-entrepreneur
Le commerce de gros est une activité commerciale compatible avec la micro-entreprise. Vous la déclarez sur le guichet unique, vous êtes inscrit au registre national des entreprises et vous relevez des mêmes règles que pour l’achat-revente au détail : abattement forfaitaire de 71 % pour l’impôt, cotisations de 12,3 % du chiffre d’affaires, versement libératoire de 1 % sur option. Les démarches courantes, comme les déclarations de chiffre d’affaires, sont détaillées dans notre guide sur le compte Urssaf d’auto-entrepreneur.
Le régime montre vite ses limites dans ce métier. Le grossiste travaille sur des volumes élevés et des marges unitaires faibles : le plafond de 203 100 € de chiffre d’affaires peut être atteint alors que le bénéfice réel reste modeste. Au-delà de ce seuil pendant deux années consécutives, vous sortez du régime. Le dépassement du seuil de 85 000 € vous rend redevable de la TVA plus tôt encore. L’abattement de 71 % ne correspond pas non plus à la réalité d’un grossiste, dont les achats peuvent dépasser 80 % du chiffre d’affaires : une entreprise individuelle au réel ou une société, qui déduisent leurs charges réelles, deviennent souvent plus intéressantes dès que l’activité décolle.
Côté organisation, prévoyez :
- un local de stockage adapté aux volumes ;
- une assurance responsabilité civile professionnelle couvrant les produits vendus ;
- des conditions générales de vente destinées aux professionnels ;
- une grille tarifaire dégressive selon les quantités commandées.
Si vous vendez aussi des prestations (montage, installation), l’activité devient mixte et les prestations ont leur propre plafond de 83 600 €.
Questions fréquentes
Est-il possible d’acheter chez un grossiste sans SIRET ?
Les grossistes qui vendent exclusivement aux professionnels refusent en principe les clients sans SIRET : leurs tarifs et leurs conditions supposent une revente ou un usage professionnel. Certains sites de déstockage ou de vente en lots acceptent les particuliers, à des prix moins avantageux. Pour revendre de façon régulière, l’immatriculation est de toute façon obligatoire : la création d’une micro-entreprise est gratuite et le SIRET est attribué en général sous quelques jours à quelques semaines.
Un auto-entrepreneur peut-il déduire ses frais professionnels ?
Non, au régime micro-fiscal, aucune charge réelle n’est déduite. L’administration applique un abattement forfaitaire sur le chiffre d’affaires pour calculer le revenu imposable : 71 % pour la vente de marchandises, 50 % pour les prestations commerciales ou artisanales et 34 % pour les prestations libérales. Les cotisations sociales sont calculées sur le chiffre d’affaires brut. Si vos frais réels dépassent nettement l’abattement, le passage au régime réel mérite d’être étudié avec un comptable.
Un auto-entrepreneur peut-il récupérer la TVA sur ses achats ?
Pas tant qu’il bénéficie de la franchise en base de TVA : il ne facture pas la TVA et ne la récupère pas. Ses factures portent la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». Dès qu’il dépasse les seuils (85 000 € ou 93 500 € pour la vente en 2026), il devient redevable de la TVA, doit la facturer à ses clients et peut alors déduire celle qui figure sur ses factures d’achat.
Que peut-on acheter en gros pour revendre ?
Les produits les plus simples à revendre sont légers, peu fragiles, faciles à expédier et sans réglementation lourde : accessoires, petite décoration, papeterie, textile basique. Les cosmétiques, les jouets, l’électronique et les compléments alimentaires sont soumis à des normes strictes dont le revendeur ou l’importateur répond. Partez d’une niche que vous connaissez, testez une petite quantité, puis augmentez les commandes sur les références qui se vendent réellement.
Quel site utiliser pour trouver des grossistes chinois ?
Alibaba est la place de marché B2B la plus connue pour contacter des fabricants chinois ; Global Sources et Made-in-China fonctionnent sur le même principe. Privilégiez les fournisseurs dont l’entreprise a été vérifiée par la plateforme, demandez des échantillons et utilisez un paiement protégé. Calculez le coût rendu complet (transport, droits de douane, TVA à l’import) et vérifiez la conformité aux normes européennes avant de commander.
Combien de fournisseurs faut-il avoir ?
Aucune règle ne fixe un nombre, mais dépendre d’un seul fournisseur pour un produit qui fait l’essentiel de vos ventes est risqué : rupture de stock, hausse de prix ou fermeture vous laissent sans solution. Deux sources par produit principal constituent un minimum raisonnable. Gardez un fournisseur principal pour obtenir de meilleures conditions grâce au volume, et un second déjà référencé, à qui vous passez des commandes régulières plus réduites.
Sources
- Service Public Entreprendre, « Régime fiscal de la micro-entreprise », plafonds de chiffre d’affaires 2026 (fiche F32353).
- Service Public Entreprendre, « Franchise en base de TVA », seuils 2026 (fiche F21746).
- Urssaf, portail auto-entrepreneur, « L’essentiel du statut » : abattements, versement libératoire, franchise de TVA.
- Service Public Entreprendre, « Facturation électronique », calendrier de mise en conformité (fiche F39785).
- Code de commerce, articles L441-10 (délais de paiement) et L442-5 (revente à perte).



