Prêt de trésorerie pour une entreprise en difficulté : les solutions en 2026

Calculatrice posée sur un relevé de comptes annoté au stylo, avec des montants cochés et des soldes négatifs

Une entreprise en difficulté peut encore obtenir un prêt de trésorerie, mais rarement en se présentant seule devant sa banque avec une demande urgente. Les solutions qui fonctionnent passent par un diagnostic chiffré, puis par des dispositifs publics gratuits : la médiation du crédit de la Banque de France en cas de refus bancaire, le Codéfi pour les entreprises de moins de 400 salariés, la CCSF pour étaler les dettes fiscales et sociales, et les procédures amiables (mandat ad hoc, conciliation) qui protègent les nouveaux financements. Bpifrance intervient surtout en garantissant une partie du prêt accordé par la banque.

Ce guide présente ces solutions dans l’ordre où les mobiliser, avec leurs conditions en 2026. Il décrit des dispositifs ; il ne remplace pas l’analyse de votre situation par un expert-comptable, un avocat ou les interlocuteurs publics cités.

Avant de demander un prêt : établir le diagnostic

Un banquier, un médiateur ou un comité public posera les mêmes questions : le manque de trésorerie est-il ponctuel ou structurel, et l’activité peut-elle rembourser ? Préparez les réponses avant toute demande. Un dossier qui chiffre précisément le besoin et montre comment il sera couvert a beaucoup plus de chances d’aboutir qu’une demande « pour passer le mois ».

Le dossier minimal comprend :

  • un plan de trésorerie sur 3 à 12 mois, semaine par semaine pour les premières semaines ;
  • les derniers comptes annuels et une situation intermédiaire récente ;
  • la liste des dettes : fournisseurs, banque, Urssaf, impôts, loyers, avec leurs échéances ;
  • les créances clients et leur ancienneté ;
  • l’explication des causes (perte d’un client, retard de paiement, hausse des coûts, saisonnalité) et les mesures déjà prises ;
  • le montant exact demandé et son utilisation.

Si vous ne disposez pas de ces chiffres, commencez par là, seul ou avec votre expert-comptable. Notre article sur le tableau de bord comptable explique comment suivre les indicateurs utiles, et celui sur la comptabilité de trésorerie détaille le suivi des encaissements et décaissements.

Les crédits de trésorerie bancaires classiques

Pour un décalage temporaire, votre banque reste le premier interlocuteur. Les solutions de court terme recensées par le service public sont les suivantes :

  • la facilité de caisse : un dépassement autorisé de quelques jours pour absorber un décalage ponctuel, par exemple en fin de mois ;
  • le découvert autorisé : une convention fixe un montant et une durée pendant lesquels le compte peut être débiteur ;
  • le crédit de campagne : pour les activités saisonnières, il finance les dépenses engagées avant la période de ventes ;
  • le prêt de trésorerie amortissable : une somme versée en une fois et remboursée sur quelques mois à quelques années.

Une entreprise déjà en difficulté obtient plus difficilement ces crédits, mais l’accord reste possible si le dossier montre un retour à l’équilibre. Les correspondants TPE-PME de la Banque de France, présents dans chaque département, aident gratuitement le dirigeant à préparer sa demande et à identifier les bons interlocuteurs.

Mobiliser vos créances : affacturage, Dailly, escompte

Quand l’entreprise a des factures clients non échues, elle peut les transformer en trésorerie sans emprunter au sens strict. Ces solutions sont souvent plus accessibles qu’un prêt, car le financeur s’appuie sur la solidité de vos clients plus que sur la vôtre.

Solution Principe Point d’attention
Affacturage Vous cédez vos factures à un factor qui vous avance leur montant, moins une commission Coût à comparer ; certains contrats imposent de céder tout le poste clients
Cession Dailly Vous cédez ou nantissez des créances professionnelles à votre banque en garantie d’un crédit La banque doit accepter la qualité des débiteurs
Escompte commercial La banque vous avance le montant d’effets de commerce (lettres de change) avant leur échéance Suppose que vos clients paient par effets
Cession-bail (lease-back) Vous vendez un équipement à un loueur qui vous le loue ensuite Réservé aux biens de valeur ; loyers à intégrer au plan de trésorerie
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Ces outils financent un décalage de paiement. Ils ne règlent pas un problème de rentabilité : si chaque vente coûte plus qu’elle ne rapporte, avancer le paiement des factures ne fait que repousser l’échéance.

Refus de prêt : saisir la médiation du crédit

Si votre banque refuse un crédit, réduit ou dénonce vos lignes de court terme (découvert, facilité de caisse), ou refuse de rééchelonner un prêt, vous pouvez saisir la médiation du crédit aux entreprises. Le dispositif est gratuit, confidentiel et géré par la Banque de France. Il s’adresse à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou son secteur, qui rencontre une difficulté de financement avec un établissement de crédit ou un assureur-crédit.

La procédure suit des étapes fixées :

  1. vous déposez votre dossier en ligne sur le site de la médiation du crédit de la Banque de France ;
  2. le médiateur départemental vous contacte dans les 48 heures et vérifie la recevabilité ;
  3. les banques concernées sont informées et disposent de cinq jours pour revoir leur position ;
  4. si le blocage persiste, le médiateur réunit les parties et cherche une solution, avec l’appui de Bpifrance ou d’autres acteurs si besoin ;
  5. vous restez libre d’accepter ou non la solution proposée.

La médiation peut obtenir un nouveau crédit, le maintien d’un découvert, un rééchelonnement de dettes bancaires ou la mobilisation d’une garantie. Elle ne contraint pas la banque, mais son intervention change souvent l’issue d’un dossier refusé au guichet.

Refus de PGE et restructuration d’un prêt garanti par l’État

Les recherches sur un « recours suite à un refus de PGE » concernent un dispositif fermé : les nouveaux prêts garantis par l’État ne peuvent plus être demandés depuis l’été 2022. Une demande de PGE refusée aujourd’hui n’a donc pas de voie de recours ; il faut se tourner vers les crédits et dispositifs décrits dans ce guide.

En revanche, si vous remboursez un PGE et que les échéances deviennent trop lourdes, la médiation du crédit peut organiser sa restructuration. L’accord de place signé avec les banques a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2026. Il permet d’étaler le PGE sur deux à quatre années supplémentaires par rapport à l’échéancier initial, avec maintien de la garantie de l’État, en parallèle du réaménagement des autres crédits bancaires. Si vous êtes concerné, la saisine doit donc intervenir avant la fin de l’année 2026.

Codéfi, CCSF et CIP : les interlocuteurs publics

Le Codéfi pour les entreprises de moins de 400 salariés

Le comité départemental d’examen des problèmes de financement des entreprises (Codéfi), présidé par le préfet, accompagne les entreprises en difficulté de moins de 400 salariés. Il les oriente vers les bons interlocuteurs, peut faire réaliser un audit de leur situation financière, économique et sociale, aide à bâtir un plan de trésorerie prévisionnel et peut proposer des prêts pour le développement économique et social. La saisine se fait au moyen d’un dossier simplifié, adressé au secrétariat permanent du Codéfi du département du siège ou au service des impôts des entreprises. Au-delà de 400 salariés, le relais est pris par le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri).

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La CCSF pour étaler les dettes fiscales et sociales

Quand la tension vient d’impôts et de cotisations impayés, un prêt sert souvent à les régler, alors qu’un étalement est possible. La commission des chefs des services financiers (CCSF) accorde des plans de règlement pour les dettes fiscales et sociales (TVA, impôts, cotisations Urssaf, parts patronales). Elle examine la situation globale de l’entreprise et demande en général qu’elle soit à jour de ses déclarations et qu’elle paie ses charges courantes. Le plan libère de la trésorerie à court terme et rassure les autres créanciers, banque comprise.

Les CIP pour un premier avis gratuit

Les centres d’information sur la prévention des difficultés des entreprises (CIP) proposent des entretiens gratuits et confidentiels avec un trio de bénévoles : en général un ancien juge du tribunal de commerce, un avocat et un expert-comptable. Ils vous aident à qualifier la situation et à choisir entre négociation amiable, médiation et procédure. Pour un dirigeant isolé, c’est souvent le premier rendez-vous utile. Les CIP sont organisés localement, souvent avec l’ordre des avocats, l’ordre des experts-comptables ou la CCI : renseignez-vous auprès du greffe ou de la chambre de commerce de votre département.

Bpifrance et les prêts régionaux

Pour une entreprise sous tension, l’intervention la plus fréquente de Bpifrance consiste à garantir une partie du prêt accordé par votre banque : celle-ci prend moins de risque, ce qui débloque des dossiers refusés. La demande de garantie est faite par la banque, pas par l’entreprise.

Certaines régions financent aussi, avec Bpifrance, des prêts de renforcement de trésorerie à taux préférentiel, souvent appelés « Prêt Rebond ». Leurs conditions varient selon la région : ancienneté minimale (12 mois d’activité dans plusieurs régions), secteurs exclus, montants, durée et éventuel cofinancement bancaire. Renseignez-vous auprès de la délégation régionale de Bpifrance ou de votre conseil régional, et vérifiez que le dispositif est ouvert au moment de votre demande.

Négocier ou se protéger : mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde

Quand plusieurs créanciers sont concernés, la négociation encadrée par le tribunal de commerce (ou le tribunal des activités économiques) donne plus de poids à l’entreprise. Ces procédures s’ouvrent à la demande du dirigeant :

  • le mandat ad hoc : le président du tribunal désigne un mandataire qui négocie avec les créanciers, en toute confidentialité, sans limite de durée fixée par la loi ;
  • la conciliation : ouverte si l’entreprise n’est pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours, pour quatre mois au plus prolongeables d’un mois ; les apports de trésorerie consentis dans un accord homologué bénéficient d’un privilège de remboursement, ce qui incite les financeurs à prêter ;
  • la sauvegarde : procédure publique pour une entreprise qui n’est pas encore en cessation des paiements ; les poursuites sont suspendues pendant que se prépare un plan de remboursement.

Si l’entreprise ne peut plus payer ses dettes exigibles avec son actif disponible, elle est en cessation des paiements. Le dirigeant doit alors la déclarer au tribunal dans les 45 jours, sauf s’il a demandé l’ouverture d’une conciliation dans ce délai. Un nouveau prêt ne règle plus la situation à ce stade : le redressement judiciaire permet de geler le passif et de rechercher une solution. Notre article sur le rôle du liquidateur explique la suite lorsque le redressement n’est pas possible.

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Les erreurs qui aggravent une crise de trésorerie

Certaines réactions fréquentes rendent la situation plus difficile à redresser :

  • cesser de payer la TVA et les cotisations sans prévenir : les majorations s’accumulent et ces créanciers disposent de moyens de recouvrement rapides ;
  • financer des pertes durables par du crédit à court terme ou par des crédits personnels du dirigeant ;
  • signer en urgence des financements très coûteux sans lire les conditions ;
  • apporter une caution personnelle sans mesurer l’engagement ;
  • attendre la dernière échéance pour contacter la banque ou les organismes publics, alors que les solutions amiables demandent du temps.

Un bilan qui se dégrade se lit à l’avance. Notre article sur le bilan financier négatif présente les signaux à surveiller et les mesures à prendre.

Questions fréquentes

Comment obtenir un crédit pour une entreprise en difficulté ?

Préparez un plan de trésorerie et la liste de vos dettes, présentez une demande chiffrée à votre banque, puis, en cas de refus, saisissez la médiation du crédit. Pour les dettes fiscales et sociales, demandez un plan à la CCSF. Le Codéfi et les correspondants TPE-PME de la Banque de France vous orientent gratuitement.

Existe-t-il un prêt d’urgence de l’État pour les entreprises ?

Il n’existe pas de guichet de prêt d’urgence ouvert à toutes les entreprises en 2026 : le PGE est fermé aux nouvelles demandes depuis 2022. Le Codéfi peut proposer des prêts au cas par cas, et certaines régions financent des prêts de trésorerie avec Bpifrance. Les autres dispositifs publics agissent par la médiation, la garantie ou l’étalement des dettes.

Peut-on obtenir un prêt pendant une procédure collective ?

C’est possible mais encadré. Pendant une conciliation, les financements accordés dans l’accord homologué bénéficient d’un privilège de remboursement. Pendant une sauvegarde ou un redressement, les crédits nouveaux consentis pour la poursuite de l’activité sont, sous conditions, remboursés en priorité. Ces opérations se montent avec l’administrateur ou le mandataire désigné par le tribunal.

Que faire si la banque dénonce mon découvert ?

La banque doit respecter un préavis écrit avant de mettre fin à un concours à durée indéterminée, sauf comportement gravement répréhensible de l’entreprise ou situation irrémédiablement compromise. Saisissez la médiation du crédit sans attendre la fin de ce préavis : elle peut obtenir le maintien du découvert le temps de trouver une solution.

Sources

  • Entreprendre.service-public.gouv.fr : « Répondre à un besoin rapide de trésorerie par le financement bancaire » (F22316) et « Se faire accompagner par un acteur public : Codéfi et Ciri » (F38479), vérifiées en 2026.
  • Banque de France : saisir la médiation du crédit.
  • Ministère de l’Économie, communiqué du 7 janvier 2024 : prolongation jusqu’au 31 décembre 2026 de l’accord de place sur la restructuration des PGE.
  • Code de commerce : articles L611-3 à L611-16 (mandat ad hoc, conciliation), L620-1 (sauvegarde), L631-4 (déclaration de cessation des paiements), L313-12 du Code monétaire et financier (préavis de rupture des concours bancaires).

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